Après de nombreuses discussions, l'UDF a choisi de ne pas voter le budget. François Bayrou a défendu la liberté de ton, de jugement et d’action de l’UDF pour insister sur la gravité de la situation des finances publiques et de l’état de la France. Charles de Courson a détaillé les raisons pour lesquelles il juge ce budget insincère, injuste fiscalement, économiquement inefficace et qui ne prépare pas l’avenir puisqu'il laisse courir les déficits. Le secrétaire de la Commission des Finances à l’Assemblée, a déclaré qu’il ne voulait pas être « complice de la poursuite d’une telle politique ».
« Il n’y aura aucun vote pour ce budget à l’intérieur de l’UDF » a annoncé d’emblée François Bayrou, « la majorité du groupe a choisi de voter contre, un certain nombre d’entre nous ayant choisi de s’abstenir ». Lors d’une conférence de presse au siège de l’UDF avec Charles de Courson, Hervé Morin et Nicolas Perruchot, François Bayrou a déclaré que la situation actuelle conduisait la France droit dans le mur. Le président du mouvement a rappelé les trois critères retenus par l’UDF pour déterminer son vote : le budget est-il fiable, juste et sera-t-il efficace pour sortir le pays de la crise ? « L’analyse nous a conduit à répondre non » a déclaré le Président de l’UDF qui a évité toute polémique avec le gouvernement.
Charles de Courson, secrétaire de la Commission des Finances, a détaillé les cinq raisons pour lesquelles l’UDF ne votera pas ce budget.
Première raison, le budget n’est pas sincère : les prévisions de croissance pour 2006 sont optimistes, la croissance des dépenses publiques sont sous-estimées, la pression fiscale et sociale s’aggrave depuis 2002 et augmentera encore l’année prochaine. Selon président de la Commission des finances, « le gouvernement ne veut pas dire la vérité aux Français sur l’extrême gravité des finances publiques qui serait pourtant un préalable au redressement de la situation ».
Deuxième raison, le budget est une menace pour l’avenir : le gouvernement a décidé 6,2 milliards de réduction d’impôts qui ne sont pas financées et qui vont participer à la dérive des finances publiques. Autre exemple : les 12 milliards de recettes prévues avec la privatisation des autoroutes, une partie va servir à financer des dépenses reconductibles et l’Etat va renoncer à des dividendes croissants. La dette publique devrait ainsi atteindre 1162 milliards fin 2006 et plus de 2000 milliards fin 2007.
Troisième raison, le budget comporte des dispositions fiscales injustes : selon, Charles de Courson, « le gouvernement concentre les cadeaux fiscaux sur les plus gros contribuables ». C’est le cas du bouclier fiscal qui va surtout bénéficier à 14 000 personnes qui bénéficieront de 250 millions d’euros d’exonération. Même chose pour l’exonération totale sans aucun plafonnement des plus values mobilières détenues depuis plus de huit ans et l’intégration de l’abattement de 20% dans le barème de l’impôt sur le revenu qui va profiter aux revenus supérieurs à 120 000 euros par an qui n’en bénéficiaient pas auparavant. La réforme fiscale ne profitera pas aux classes moyennes.
Quatrième raison, le budget n’est pas économiquement efficace : le grand problème de la France aujourd’hui, c’est que son taux de croissance tend à baisser. « Si on ne réduit pas les déficits, cela pèsera sur la croissance. En 2006, plus de 50% de la croissance sera ponctionnée par les prélèvements obligatoires – impôts, cotisations sociales" a expliqué Charles de Courson.
Cinquième raison, le budget porte atteinte à l’autonomie fiscale des collectivités locales et à la responsabilisation des élus : la réforme de la taxe professionnelle va geler en moyenne 50% de l’assiette de la taxe professionnelle. Pour garder le même niveau de recettes, on sera obligé d’augmenter la pression fiscale sur les ménages. Les collectivités locales qui sont bien gérées, seront pénalisées comme celle jugées laxistes.
François Bayrou a justifié la position de l’UDF par l’urgence de la situation dans laquelle la France se trouve : « on ne peut plus se contenter d’avertissements et de demi-mesures : les avertissements ne sont pas écoutés et les demi-mesures sont mal interprétées ». Le président de l’UDF veut montrer que l’on peut faire de la politique sans être pris dans les connivences habituelles. François Bayrou a insisté sur le chemin nouveau choisi par l’UDF : une voie d’autonomie et d’indépendance par rapport à la majorité. Le mouvement compte proposer une voie alternative à la gauche et à la droite : « ce qui m’intéresse c’est la majorité de demain qui rendra au pays la santé et l’équilibre qui lui font défaut ».
Source : Conférence de presse de l’UDF sur le projet de loi de finances 2006 (25.10.05 )
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